Présentation
Anne-Marie Dumas, professeur des écoles à Pessac en gironde, a découvert la peinture sur porcelaine en 2003, à travers les recherches d’activité manuelles et artistiques pour ses élèves.
Elle s’est très vite tournée vers un loisir personnel de peinture en puisant son inspiration dans l’art des costumes de la tauromachie « los trajes de luces » et surtout en essayant de broder sur la porcelaine.
En Août 2005 elle expose à Dax à la galerie municipale sa collection Sevilla.
Puis elle a fait une grande parenthèse en préférant la musique et le chant pour sa fin de carrière.
Retirée à Capbreton dans les Landes en 2014, elle reprend son activité de peinture avec plus que jamais le désir de « broder » avec ses cloisonnés sur la porcelaine, soit dans l’esprit de la collection Sevilla, soit de façon plus libre.
Au fil des années, son travail s’oriente vers une quête de précision toujours plus exigeante. Les habits de lumière, sources constantes de son inspiration, font l’objet d’une observation attentive et d’une analyse approfondie, dont elle extrait et réinterprète les motifs pour en révéler toute la complexité et la finesse. Les lignes se resserrent, les compositions gagnent en densité, traduisant une maîtrise technique en perpétuel approfondissement.
C’est pour son exposition à l'hôtel du Splendid à Dax, durant les férias d’août 2025, qu’Anne-Marie choisit d’explorer de nouveaux horizons. Désireuse d’adapter son travail à l’ampleur et au prestige du lieu, elle se tourne alors vers de nouveaux supports, et notamment le verre. Les grands vases deviennent un terrain d’expression privilégié, lui permettant de déployer les motifs à une échelle inédite. Cette évolution marque pour elle l’entrée dans une toute nouvelle dimension de création, où la lumière, la transparence et le volume dialoguent avec son univers pictural.



A propos
Discours de Jacques Vergès, Adjoint à la culture à la Mairie de DAX, lors du vernissage de l’exposition à DAX, le 6 août 2005.
« [...] Nous célébrons aujourd’hui les noces imprévisibles et harmonieuses de la porcelaine et de l’art taurin.
Mais oublié cette fois le maître de jeu, le maître de cérémonie : le mythique taureau.
De la même manière, occulté son partenaire le maestro, son art, son « duende ».
Rien sur leur combat, leur accouplement, leur tragédie.
Quand Anne Marie s’inspire de l’art taurin, c’est de tissus qu’elle rêve, des étoffes qu’elle caresse.
Arabesques de clématites roses et de jonquilles closes, ce sont celles des capes de paseo en soie et percale qui seront ses fonds de couleur et leur mouvement seront les vagues des véroniques et les tourbillons de « chicuelinas ». Ce sont les constantes de l’artiste, le lit de ses rêves. Elle les imprime sur fond d’assiette, de plat, de vase ou de tasse.
Si la « mariposa » du Juli est un clin d’œil, la revolera du Conde un soupir, de même chaque déclinaison d’Anne Marie est une œuvre unique.
Sur ce tapis maintenant va naître la décoration. Encore une fois l’art taurin entre en jeu :
c’est celui du costume de lumières « traje de luces » et plus particulièrement la veste « chaquetilla ». L’artiste en étudie les broderies d’or, d’argent et de jais, en décrypte les motifs, l’inspiration, le thème; mille motifs prétextes à entrelacer des filets d’or, reflets des paillettes de lumière quand s’avance au soleil le maestro.
Alors sur chaque pièce, l’artiste déploie ses motifs, les assortissant aux couleurs des costumes de la cuadrilla où la beauté s’expose avant que ne s’ouvre la porte du toril.
Et comme une invitation sensuelle à la caresse des doigts, des effets de relief, petits pointillés délicats, soulignent le dessin comme des « adornos » viendraient enjoliver une faena. Ces détails de grâce et de courage chez le diestro deviennent chez Anne Marie une ponctuation rythmant le texte, une verdure enjolivant un bouquet, une signature au bas de son œuvre [...] ».
Jacques Vergès
Les Arabesques d’or d’Anne Marie Dumas, par Yves Harté, journaliste et grand reporter à Sud-Ouest.
Texte écrit pour l'exposition au Splendid à Dax en août 2025.
« Donner à de pâles assiettes des vies dorées, inventer à des bouteilles ordinaires des destins princiers, transporter les broderies des habits taurins sur les flancs des vases, voilà ce qu’a réussi Anne-Marie Dumas. Il faut pour cela un œil aigu, une patience d’ange et une obstination de bénédictine.
Elle a ces trois qualités ainsi qu’une étrange obsession : offrir aux objets des éclats de lumière. Sous ses doigts qui pressent doucement un minuscule tube d’où perle une larme couleur de résine, ligne après ligne, cercle après cercle, motifs et broderies se transforment en autant de parures énigmatiques.
Car il y a ici un mystère que l’on ne peut comprendre qu’en posant nos yeux sur cette seconde surface recréée, recomposée, goutte à goutte, point par point. On comprend d’où viennent les ornements des habits de lumière. Quand ils apparaissent dans l’arène, on en perçoit les couleurs, vaguement les motifs. Jamais les détails. Or ce sont précisément ces détails qui deviennent primordiaux. Et tout l’art de cette broderie réinventée est de leur redonner gloire. Pomme de pins, épis de blé, feuilles d’acanthe, fleurs en cœurs glorieux, œillets primitifs gorgés de rouge sang, ils quittent les vestes des toreros pour se poser en triomphe sur les supports choisis par l’artiste. Ils disent ce qu’ils sont mais racontent surtout d’où ils viennent et comment ils ont été réinterprétés depuis des siècles, passant des murs des palais dont ils servaient d’ornement, aux fils d’or qui cousaient les sequins. Ils viennent jusqu’à nous dans ces perles de miel et ces gouttes d’ambre. À les regarder attentivement on se perd dans leurs arabesques et leurs volutes codifiées. Les vases de lumière d’Anne Marie Dumas trouvent ici un pouvoir magnétique. Celui de nous convoquer à un voyage immobile ».
Yves Harté

